Perte d'odorat et training olfactif
Perte d'odorat et training olfactif

L’utilisation des huiles essentielles dans les anosmies d’origine virale

La perte de l’odorat ou anosmie est un symptôme fréquent chez les patients souffrant de la Covid-19. D’autres virus de la sphère respiratoire (rhume, grippe, sinusites …) sont également souvent à l'origine d'une perte passagère de l'odorat. Sentir quotidiennement des huiles essentielles peut aider à terme à récupérer les capacités olfactives perdues. Nous faisons le point sur les familles d’actifs aromatiques à utiliser avec une méthode de training olfactif facile à suivre.

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Du nez au cerveau : comment fonctionne l’odorat ?

L'odorat nous permet d'analyser les substances chimiques volatiles (odeurs) présentes dans l’air ambiant. S'il est apparemment moins sensible que chez certains animaux, le nez humain peut quand même reconnaître des centaines d’odeurs distinctes. Ce chiffre peut monter à plusieurs milliers d’odeurs chez les plus entraînés d’entre nous, comme les “nez” qui conçoivent les parfums ou encore les oenologues.

Pour comprendre comment l’odorat fonctionne, suivons le trajet d’une odeur...

 

Lorsqu’une molécule odorante est inhalée, soit directement par le nez (voie orthonasale) soit depuis la bouche (voie rétronasale), elle vient se “noyer” dans le mucus tapissant une muqueuse spécialisée située tout en haut de la cavité nasale : l’épithélium olfactif.
Cette muqueuse ne fait que 2 cm², mais elle est capitale pour l’olfaction : elle contient des cellules nerveuses spécialisées, les neurones olfactifs, possédant des milliards de récepteurs olfactifs extrêmement sensibles.
Le contact entre notre molécule odorante et ces récepteurs olfactifs déclenche un influx nerveux transmis par le nerf olfactif au bulbe olfactif puis vers différentes zones du cerveau où l’information est analysée. L’amygdale traite l’émotion, agréable ou désagréable, déclenchée par l’odeur. L’hippocampe joue un rôle essentiel dans le processus de la mémoire. Voilà pourquoi les odeurs sont reliées à nos souvenirs ! Le cortex orbitofrontal permet de se faire une idée consciente de l’odeur en l’analysant et en l’identifiant.

Soulignons aussi que d’autres récepteurs olfactifs sont reliés aux nerfs trijumeaux. Ce circuit différent vient enrichir notre capacité à détecter les odeurs.

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Le saviez-vous ? La perte de goût est souvent liée à une perte d’odorat.

Les patients anosmiques se plaignent souvent d’avoir aussi perdu le goût (agueusie). Mais ce qu’il faut savoir, c’est que la majeure partie de l’information chimique constituant la saveur d’un aliment provient de l’odorat et non pas de la gustation.

Cette association du goût et de l’odorat nous permet de percevoir toutes les facettes d’une saveur alors que le goût seul ne nous permet de détecter que le sucré, le salé, l’acide et l’amer. Lorsqu’on ingère un aliment, son odeur arrive au cerveau par voie rétronasale en montant dans le nez à travers la bouche. La perte d’odorat implique que cette composante rétro-nasale disparaît : les aliments semblent alors avoir beaucoup perdu de leur intérêt sensoriel.

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La perte de l’odorat, un des symptômes les plus fréquents de la Covid-19

Une partie non négligeable des personnes atteintes de la Covid-19, de 70 à 85 %, souffrent de perte d’odorat. Ce symptôme est très courant chez les patients qui développent une forme bénigne de la maladie, moins chez ceux plus fortement atteints. La perte d’odorat peut être totale - c’est l’anosmie - ou partielle - c’est l’hyposmie.

Elle s’expliquerait, selon les dernières recherches, par l’infection virale des cellules sustentaculaires qui ont un rôle de soutien et de protection des neurones de la muqueuse olfactive. Cette infection provoque une inflammation qui, lorsqu’elle est trop forte, endommage les neurones olfactifs, d’où la perte brutale et sévère de l’odorat. Heureusement, la muqueuse nasale est capable de se régénérer à partir de cellules souches.

Le délai au bout duquel l’olfaction est complètement récupérée est cependant très variable : s’il n’est que de 15 jours dans 44 % des cas, il faut compter 2 mois pour que 80% des personnes aient retrouvé leur odorat. Et pour les autres, le délai est encore plus long.  

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Et les autres causes de l’anosmie ?

Avant la Covid-19, on estimait déjà que 10 à 15 % de la population souffraient d’un trouble de l’odorat plus ou moins sévère. Parmi les principales causes, on trouve non seulement d’autres maladies virales de la sphère respiratoire (rhumes, sinusites, grippes…), les traumatismes crâniens avec atteinte du nerf olfactif et la maladie de Parkinson, mais encore le vieillissement physiologique de l’odorat chez les personnes âgées, la dépression nerveuse...

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Un traitement simple : le training olfactif

C’est un traitement simple, facile à mettre en œuvre chez soi, basé sur la reconnaissance consciente des odeurs. Il consiste à s’entraîner chaque jour à reconnaître une gamme d’odeurs déterminées avec des séances d’olfaction d’huiles essentielles. Cela permet de reconnecter le cerveau avec les sensations déclenchées par les odeurs et, peu à peu, de rétablir les connexions nerveuses qui avaient disparu et favoriser l’expression de nouveaux récepteurs. C’est un processus lent qui demande un traitement prolongé jusqu’à la récupération de l’odorat. Le résultat dépend en grande partie de la sévérité du trouble, de son ancienneté, et bien entendu de la régularité de l'entraînement.

Plusieurs publications scientifiques réalisées in vivo ont démontré une amélioration du temps de récupération de l’odorat chez des personnes soumises à un training olfactif quotidien pendant au moins 3 mois.  Ce résultat est d’autant plus marqué que la perte d’odorat date de moins de 12 mois.

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Protocole

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Objectif

Stimuler la régénération de la muqueuse olfactive et en particulier celle des récepteurs olfactifs dans toutes leurs diversités. Le protocole s’adresse en priorité aux personnes devenues anosmiques ou hyposmiques suite à une infection virale, chez qui la perte d’odorat est en principe réversible. Il peut aussi être suivi dans les autres cas d’anosmie pour stimuler les facultés olfactives.

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Kit de training

Il comprend 7 senteurs + 1 saveur, composées d’huiles essentielles, élaborées selon les critères suivants :

   - diversité des fonctions biochimiques de leurs composés majeurs (terpènes, alcools, aldéhydes, etc), ceci en vue de favoriser l’expression d’un large éventail de récepteurs (400 gènes actifs leur sont attribués !);

   - diversité des odeurs qui seront perçues dès le retour de l’odorat, certaines familières, d’autres nouvelles;

   - diversité des actions biologiques : stimulation du métabolisme basal des cellules épithéliales grâce à l’expression d’une enzyme, la sirtuine-1, par l’huile essentielle d’immortelle; diminution de l’interleukine-6 pro-inflammatoire (Il-6) par celle de lentisque, etc.

   - diversité des voies d’utilisation : voie nasale (olfaction) et voie rétronasale (gustation).

  •         Senteur “eucalyptus” : gommier bleu (Eucalyptus globulus) et myrrhe amère (Commiphora myrrha)
  •         Senteur “citron” :           citron (Citrus limonum) et litsée citronnée (Litsea cubeba)
  •         Senteur “sapin” :            sapin baumier (Abies balsamea) et lentisque pistachier (Pistacia lentiscus)
  •         Senteur “rose” :              géranium rosat (Pelargonium x graveolens) et monarde (Monarda fistulosa)
  •         Senteur “camphre” :     lavande laineuse (Lavandula lanata) et gaulthérie (Gaultheria fragrantissima)
  •         Senteur “vanille” :          vanille (Vanilla planifolia) et anis étoilé (Illicium verum)
  •         Senteur “gingembre” :    gingembre frais (zingiber officinale) +souchet d’Amazonie (Cyperus articulatus)

  •         Saveur “épices” : menthe poivrée (Mentha x piperita), clous de girofle (Syzygium aromaticum) et immortelle (Helichrysum italicum)

Une fiche avec les photos des végétaux aromatiques utilisés complète ce kit.


Mode d’emploi

Chaque jour de la semaine, inhaler profondément une des 7 senteurs au flacon, plusieurs fois de suite.
Faire l'exercice 2 fois par jour minimum, 3 fois si possible.

  •         LUNDI : senteur eucalyptus       
  •         MARDI : senteur citron                
  •         MERCREDI : senteur sapin          
  •         JEUDI : senteur rose                      
  •         VENDREDI : senteur camphre
  •         SAMEDI : senteur vanille
  •         DIMANCHE : senteur gingembre

Répéter cette séquence chaque semaine jusqu’au retour de l’odorat.


Visualisation des photos des végétaux
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Pour accélérer le retour à l’odorat, il est conseillé de visualiser les végétaux dont sont issues les huiles essentielles, durant au moins une des inhalations quotidiennes, afin de renforcer l’attribution de la sensation olfactive à une odeur connue avant la perte d’odorat.


Lavage du nez

Chaque matin, ne pas oublier de faire un lavage du nez avec du sérum physiologique. A répéter dans la journée si nécessaire.

En complément, la saveur ”épices”

Chaque jour au début de chaque repas : 1 à 2 gouttes sur la langue du mélange “Saveur épices”: menthe poivrée (Mentha x piperita), clous de girofle (Syzygium aromaticum) et immortelle (Helichrysum italicum) dans un peu d’huile végétale de moringa.

 

Utilisation d’un inhaleur de poche

Les 7 senteurs peuvent être utilisées chacune dans un inhaleur de poche.

Il contient une mèche en coton qui s’imprègne de la composition, et qu’on respire à travers l'extrémité supérieure du tube, perforée de petits trous. Cette technique permet de mieux ressentir les odeurs qu’en inhalant directement à partir d’un flacon en verre.

Résistant et parfaitement hermétique, l’inhaleur peut rester à la maison ou se glisser facilement dans un sac pour pratiquer l'entraînement olfactif où que l’on soit.



DONNÉES SCIENTIFIQUES

Journal of Internal Medicine. Septembre 2020.

Enquête européenne - Hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine) et l'université de Mons (Belgique).

Bryche B, St Albin A, Murri S, et al. Massive transient damage of the olfactory epithelium associated with infection of sustentacular cells by SARS-CoV-2 in golden Syrian hamsters.

Kanjanaumporn J et al. Smell and taste dysfunction in patients with SARS-CoV-2 infection : a review of epidemiology, pathogenesis, prognosis, and treatment options. Asian Pac J Allergy Immunol 2020;38:69-77

Bo Yoon Choi et al. Effects of Olfactory Training in Patients With Postinfectious Olfactory Dysfunction. Clinical and Experimental Otorhinolaryngology 2020 June 25

Qiao X-F et al. Analysis of the clinical effect of olfactory training on olfactory dysfunction after upper respiratory tract infection. Acta Oto-Laryngologica - May 2019

Oleszkiewicz A et al. Examination of Olfactory Training Effectiveness in Relation to Its Complexity and the Cause of Olfactory Loss. Laryngoscope, 128:1518–1522, 2018

Sorokowska A et al. Effects of olfactory training : a meta-analysis. Rhinology 55: 17-26, 2017

Pekala J et al. Efficacy of olfactory training in patients with olfactory loss : A systematic review and meta-analysis. Int Forum Allergy Rhinol. 2016 March ; 6(3): 299–307

Geißler K et al. Olfactory training for patients with olfactory loss after upper respiratory tract infections. Eur Arch Otorhinolaryngol (2014) 271:1557–1562

Damm M et al. Olfactory Training Is Helpful in Postinfectious Olfactory Loss : A Randomized, Controlled, Multicenter Study. Laryngoscope, 00:000–000, 2013

 

AVERTISSEMENT

Les informations présentées dans cet article ne constituent pas une recommandation thérapeutique et ne remplacent pas la consultation d’un professionnel de santé.

Les huiles essentielles ne conviennent pas aux enfants de moins de 6 ans, ni aux femmes enceintes ou allaitantes. Dans ces cas, demander l’avis d’un professionnel de santé.

Par ailleurs, l’usage des huiles essentielles nécessite de vérifier au préalable leurs précautions d’emploi et contre-indications éventuelles. En cas de doute, consulter un professionnel de santé.

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Dec 17, 2020